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01 septembre 2010

au temps où nous tournions

Sur la pellicule furent imprimés les corps secs et moulés de deux acrobates. Une vieille pellicule des années 70 qui crépite en passant dans le projecteur. Le bleu des corps ressort sur l’orange. Les traits sont un peu flous et pour la musique : les synthétiseurs ne referment plus les boucles d’arpèges qu’ils déclenchent. Cette image sort d’un film. Le film a duré une petite éternité durant laquelle s’étendait la fameuse idée. L’idée depuis le début c’est une femme. Chemisier un peu laineux, motifs fleuris, lunettes épaisses, que l’on voit vivre avec son enfant et son homme. Que l’on voit faire la cuisine, lire des histoires, ranger la maison. Nourrir tout le mone.

Une femme comparée a la figure du Sphinx, une femme peinte de hiéroglyphes, entre les murs du patriarcat.

Durant de longues séquences la voix off a fait la liste des choses qu’il faut oublier, celles qu’il s’agit d’apprendre, celles qu’il faut laisser de côté et celles qu’il faut au contraire déchiffrer au fond de soi. La caméra tournait et les personnages se déplaçaient à un rythme parfaitement calculé, de façon à ce que l’on ne les perde jamais de vue, et si cela devait arriver, de façon à ce que l’on se sente toujours concernés par eux. 

Le film est maintenant presque terminé, cette image, ce sont deux  corps d’acrobates en couleurs saturées, métaphore d’une souplesse presque divine et infiniment requise en ce qui concerne l’existence. Des corps capables d’accueillir et d’accompagner le mouvement tout autant que d’en être les initiateurs. 

Rien ne dit au final s’il s’agit de deux acrobates, ou de l’image dédoublée et tout aussi psychédélique, du même corps féminin.

Un corps scindé,
parvenant à se plier en quatre,
mais pouvant aussi danser
de la façon la plus libre qu’il soit.