18 décembre 2011
quand c'est la nuit, personne ne se risquerait à marcher dessus
Les enfants s’endorment. Il n’y a que le vent pour veiller. Il n’y a que le vent pour rabattre la fenêtre sur eux et dessiner sur le carreau quelques ailes de rien du tout.
Ils voleront. Là où ils seront tout à l’heure ils voleront avec des ailes. Distraits par la lune. Emmenés par d’étranges ficelles.
Dans ce sommeil d’enfants où il y a toujours un peu de fièvre déposée sur l’oreiller, les chiens se seront réveillés. Les chiens et la forêt.
La vieille dans la chambre d’à côté qui tout le jour prépara la soupe et coupa du bois pour le poêle, marmonne des contes revenus de Russie. Mais elle s’endormira plus tard, étourdie de ses propres histoires. Shéhérazade des balkans.
Pour l’heure, le vent souffle. Le vent souffle, et ce n’est pas du sable qu’il dépose sur les paupières, mais de l’écorce, du lichen, de la mousse, de la peau des arbres sur la peau des paupières, pour que les rêves soient faits de sève….
Le jour les bouches sont bavardes et débordent de boue. La nuit, elles ne parlent pas et les rêves ne sont pas encore brûlés, ni enfouis dans des malles.
Le jour, quand le vent est là, on refuse d’y croire, la nuit c’est jamais pareil quand il souffle, et c’est qu’il faut, au moins, pour que les enfants dorment, que les chiens se réveillent.Le strict minimum. Le jour, quand les autres sont là, on refuse d’y croire, quand c’est la nuit, personne ne se risquerait à marcher dessus.
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