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28 novembre 2010

de quoi l'orage est-il le nom ?

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Alors il ne reste plus rien. Ni au premier étage, ni au second / ni dans les combles, là haut, où une petite table de ferraille est installée. Les pieds se confondent au sol, se confondent au plafond, se confondent au mur.  Sur la table sans ornement aucun, sans qu’un tapis ne fut glissé dessous, sans que l’on ait posé à côté une tasse de café chaud ou un livre entamé /  Sur la table / trône ou dort une machine à écrire.  

Aussi brune et rouillée que tout le reste est gris, elle semble être là depuis un temps indéfini mais long. Elle semble n’avoir accueilli aucune main inspirée, aucun clap sur ces touches, aucun ding, ring de fin de ligne.
Une machine à écrire et  les lettres dans l’ordre que l’on connaît, lettres à présent muettes mais qui un jour - c’est certain - chantaient. Une feuille est glissée dedans, rentrée au trois quart dans les rouleaux. Elle attrape le seul et unique rayon de lumière, qui n’est pas le soleil mais autre chose qui brille.
On lit : «  ce matin très tôt j’ai entendu que l’orage arrivait. L’orage c’est le ventre qui gronde, la pluie des infinis. Je suis allée voir si tout le monde dormait / je suis allée vérifier que les sommeils étaient paisibles, et je me suis assise à la table, la petite table d’où je t’écris pour entreprendre le jour, autrement qu’en baillant. Ce matin, j’attendais que l’orage ravage, que l’orage déplace, que l’orage…  je faisais cela en tapant doucement sur les touches lisses et noires de la petite machine que tu connais »


La petite machine est toujours là, la lettre inachevée aussi. Tout est pris par le temps comme dans la cire. Personne ne sait personne ne dit, ce que ce matin là, l’orage a déplacé.

 

si bientôt si jamais

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On sonne la fermeture des portes. Le train intercité est bondé de monde et tandis qu’il démarre dans le silence le plus complet, nos corps balancent imperceptiblement au rythme de son moteur nouvelle génération. Une sorte de tourniquet nous permet de tenir debout, chacun trouvant pour sa main une poignée souple et désinfectée. La veste de mon voisin est incrustée d’un écran, écran sur lequel apparaît  un visage. La veste de mon autre voisin est aussi incrustée d’un écran, écran sur lequel apparaît un autre visage. C’est donc cela que l’on regarde avec timidité. Une dizaine de petits rectangles plasma collés sur les parois du wagon qui auraient pu êtres des vitres, affichent des paysages urbains. Paysages qui défilent paisiblement de droite à gauche et donnent la parfaite illusion que nous les traversons effectivement. Des écrans au sol, comme un tapis lumineux, affichent des images colorées et brillantes, de paires de chaussures, pour tous les goûts, de toutes les tailles, dans toutes les matières que nous regardons aussi.  Des hauts parleurs  dissimulés nous glissent aux oreilles les informations du jour, ainsi que quelques anecdotes que nous pourrons raconter en arrivant. Une variation de lumière mime à la perfection l’entrée dans un tunnel, la sortie au grand jour. Un robot-écran, se déplace au milieu de tous, sans bruit mais tendant une écuelle en aluminium dans laquelle chacun glisse une pièce et un ticket. Tout le monde pourrait être quelqu’un d’autre. Il n’y a pas d’odeur, pas de sourire secret, pas de messes. Il pourrait être une toute autre heure dans une tout autre ville. Tout est réglé, rien ne dépasse, aucun corps ne touche aucun autre corps. Les écrans font écran.

 

moderndédale

 

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Parachutées de là haut, nous atterrissons, Nawal, Ariane et moi, au milieu d’une petite pièce que quatre portes encadrent. Chacune d’entre nous époussète son costume. Elise enfonce l’une des portes, qui grince évidemment.

Débute alors, une sorte de couloir aux parois plus que hautes au dessus duquel, tout de même, circulent les nuages. J’entends des rires. Des rires emmêlés à d’autres rires, encore emmêlés à d’autres. Des rires qui derrière les murs révèlent d’autres murs. Nous arrivons au bout du couloir. Prendre à droite ou à gauche, mais décider d’une direction. Je regarde Elise, Elise regarde Ariane, Ariane regarde ailleurs. Que cherche-t-on au juste ? Je tends l’oreille à nouveau…

Nous sommes mille dans ce labyrinthe.

Je glisse mes pas dans ceux de celle qui est devant moi. Nos vieilles chaussures soulèvent la poussière… Il n’est plus l’heure d’hésiter, il faut prendre à gauche, et voir. Il faut éprouver  tous les chemins possibles, jusqu’à se trouver nez à nez au mur. Jusqu’à toucher le mur comme à l’aveugle. Sentir comme il est granuleux, épais, et opaque……… Et rebrousser chemin.
Prendre alors les devants. Inventer autre chose, une autre combinaison.  Reprendre au tout début comme on remonte un rubycube. Crier aux autres - qui sont invisibles -  de ne plus souffler, de ne plus râler contre le soleil qui tape. Dire aux autres, que leurs rires sont meilleurs guides que leurs désespoirs. Nous sommes mille dans ce labyrinthe. Le soleil tout en haut tape très fort et fait peser sur nos fronts  une chaleur lourde comme de la fonte. Juste avant que nous n’abandonnions tout à l’heure, Ariane nous montrera du doigt la pelote de fil rouge qui depuis des heures se déroule derrière nous. Ariane, croyant s’en sortir indemne, sourira dans son coin.