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14 juin 2013

premier-janvier-deux-mille-treize-souviens-toi-l'hiver-dernier

( sourire, virgule, sourire, virgule, souvenir )

Je te souhaite de penser dans l’urgence et puis l’inverse.
Je te souhaite de danser dans l’urgence et puis l’inverse.
Je te souhaite de faire des plans et des comètes, de les détourner les uns comme les autres, les uns après les autres.
Je te souhaite de baiser un peu, beaucoup, passionnément et bien.
Je te souhaite de t’assouplir. De t’étirer.
Je te souhaite de te tenir dans les courbes avant les virages, où l’on ne voit rien, où l’on sent le vent. Je te souhaite de sentir

Et d’entendre.
Je te souhaite d’être à l’écoute. D’être à l’écoute. D’être___________ à l’écoute.
Je te souhaite de lire les verbes et les phrases et les paragraphes sans compléments d’objets.
Je te souhaite des mises en page, de lentes nages et de l’espace entre les mots.
Je te souhaite de bâtir des rivières, de fragiliser tes radeaux.
Je te souhaite de n’être rien de trop définitif ou pas longtemps.
Je te souhaite de te risquer sans partition.
Je te souhaite de ne rien vouloir si fort que la liberté de te mouvoir.
Je te souhaite des terrains vagues, des déplacements, et de très longues et très fortes immobilités.
Je te souhaite d’inspirer. Tu sais. Expirer. Tu sais.
Je nous souhaite de la paix, de la peau et l’immatérielle ouverture du son.
Je te souhaite ça, et je pèse mes mots.
Deux mille treize, il y a longtemps que je t'aime.



13 juin 2013

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cet homme c'est mon père. le père de mon père. et la terre qu'ils ont retournée. cet homme c'est mon oncle, et l'oncle de mon oncle et les mers qu'ils ont traversées. son bras que je serre dans le matin dans la ville, c'est le bras de mon père, celui de mon frère, celui de mes oncles, des terres, c'est le même bras. quand les larmes lui viennent boursoufler la paupière du bas et la paupière du haut, ce sont les larmes de tous les hommes. 
le "eux" et le "nous" n'est pas seulement une vaste connerie, c'est un choix. dans le langage. dans le corps. dans la politique. c'est un choix.
faire tomber cette distinction confortable laisse intranquille et pleurant sur l'entièreté de ce que nous sommes et pouvons. peu importe ce que nous glissons dans sa coupelle en plastique pâle de mendiant. c'est de la tristesse rageuse, impuissante et rageuse, qui rattrape nos semelles sur le reste de l'avenue et c'est à elle qu'il est interdit de vouloir se soustraire plus longtemps. 

 

il dit j'ai le sommeil plein de loups. il voudrait revoir une maison au bout de ce que l'on appelle le chemin des bouleaux et qui n'a pas de nom*.

11 juin 2013

le braisier #8

luca,echo du corps 

 

prête-moi ta
cervelle cède-moi
ton cerveau
ta cédille ta certitude
cette cerise cède-moi
cette cerise
ou à peu près une autre
cerne-moi de tes cernes
 précipite-toi

(...)



{ ----- - aux fulgurances }



luca,echo du corps






volant

Tout se passe vraiment à une heure indéterminée de la nuit.
Sur la table descend une lampe très grasse, éclairant les visages de manière très ronde. Les visages eux-mêmes, très marqués. Ca veut pas dire fatigués. Ca veut dire, le temps d’abord et avant toute chose, mais aussi le vent, mais aussi le poids des enfants et l’héritage des vieux. La lampe éclaire en biais, d’un trait fourbe, la face des quatre gitans, finissant du même coup de langue, la discussion et la bouteille.

Elle, elle est dans la pièce à côté. Qu’aucune porte ne sépare. Elle découpe dans  un large pan de tissu, des rectangles de la taille d’un dos. Puis elle rabat les bords, et les coud sur eux-mêmes, lentement, elle a vingt ans, je pense, pas beaucoup plus.
L’un des hommes quitte la table et viens vers elle. Il lui parle du prix du tissu, lui dit que ça l’intéresse, le bleu, et le jaune aussi, le molletonné, ça l’intéresse. Il lui demande pourquoi elle coud tous les soirs. Il lui demande dans un mélange de remontrance et d’érotisme. Pourquoi je couds tous les soirs ? reprend-elle pour gagner du temps. Il fait oui de la tête.
Alors elle va vers le lit qui est très haut. Elle tire vers elle d’imposants tiroirs, elle semble avoir besoin de force pour le faire. C’est irréel, cette force dont elle dispose soudain. Dans les bacs de bois dorment d’un si gracieux et lourd sommeil des chevaux alezan. Ils sont sublimes, respirent lentement. Elle répond.
Je couds tous les soirs, car un jour ils seront prêts. Moi aussi. Et je veux pour leurs dos, pour notre course, pour ce jour là, pour moi, pour eux, pour notre escalade des airs, les plus des tapis.