21 septembre 2014
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_____________________________________________ mon amour
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L’orage avait sanctionné une après midi entière de ville imaginaire. Et désormais les gouttes grasses qui allaient du cuir rouge de la chaise, au zinc étrangement bleu du balcon, étaient des sourires, à peine ramassés sur eux-mêmes, mais tellement rutilants, tellement transparents aussi, tellement capables, comme des dents, d’arracher à quiconque la reconnaissance d’une humanité.
‘Enfin l’orage’ avait gueulé les jeunes hommes appuyés au garage à vélo en bas. Comme libérés d’eux mêmes et de l’obligation de veiller sur une ville qui ne cessait de se dérober en glissant doucement sur l’odeur de la pisse. Enfin l’orage avait aussi pensé la vendeuse ennuyée et pulpeuse du café boulangerie, voilà, quelques minutes s’annonçaient sans aucun client indécis, car ils sont froussards, et frileux, et qu’un brin de pluie comme ça, un peu dur, un peu décidé, ça te les cloue jusqu’à dix neuf heures au pieu, heure de fermeture, heure de paix.
Et moi, cinquième étage, je comptais par la fenêtre les points imprécis mais beaux de la dentelle qui me servait de chance.
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18 septembre 2014
en langue de juin
Vous hésitez ; vous regardez en l’air, les fenêtres muettes d’un grand poète, et plus haut que les fenêtre le mois de juin : car c’est juin, les quatre pieds de ce trône bleu appuyé sur les toits. Et en même temps que juin, c’est l’évidence de la niaiserie poétique qui vous tombe dessus ; c’est elle qui est assise sur vous, c’est là-dessous que vous pantelez : car bien sûr en regard de juin, vos pièces à propos de juin sont pitoyables ; et sans aller chercher juin, qui est très haut et rebelle comme le Sens, en regard même de la langue, le petit code trafiqué, la donne grêle mais inépuisable où se fabrique le sens, pas même le sens, le jeu du sens, ce qui a l’air d’un sens, en regarde de cela aussi vos poèmes sont loin de tout compte ; et loin du vrai, vos vers, impuissants à traduire ce que vous êtes, ce vide souffrant qui est vous, en pure prière sans déchet. En langue de juin. Non, rien ne triomphe avec démesure dans le poème, ni juin, ni la langue, ni vous. Alors vous fuyez, vous êtes déjà à la gare d’Austerlitz, les trains dans le soir sont si beaux quand on s’est défait du fardeau de devoir en parler.
rimbaud-le-fils-pierre-michon
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