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05 janvier 2011

à ceux dont je n'ai pas l'adresse, voilà l'officielle carte.

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qui ment

 J’avais pas posé mes valises depuis trois quart d’heures à l’Hotel du lac, que je redécollais, bille en tête, sacoche croisant la poitrine, veste  en velours, pâtes d’éléphant, moustache et cheveux qui chatouillent les épaules, en route vers l’aventure. Derrière moi  j’avais laissé ma mère dans sa cuisine, ne terminant pas de me préparer un casse-croute pour le voyage. Je lui disais, maman ça va, j’ai vingt ans maintenant et Le Havre Paris, je devrais pas mourir de faim quand même. Mais elle faisait des petits pains, des petits tas avec les fruits, des petits paquets avec les gâteaux, et elle répétait que si je ne les mangeait pas dans le train, ce serait pas perdu de toutes façons.J’avais laissé ma mère dans la cuisine et mon père dans le salon. Fixant le poste de radio pour faire semblant que le son ça se regarde alors qu’un fils qui part ça se regarde pas.
J’avais laissé tout ça derrière moi et je remontais la rue Saint Denis. Les putes en fin de service me faisaient l’œil malin mais sans imaginer une seconde que je pourrais m’arrêter pour quoi que soit, je les aurais bien pris entre quatre yeux pour leur expliquer que j’étais plus puceau depuis des lustres, mais comme je n’en étais pas très certain moi même, j’ai pas osé.

fine cuisine

C’est exactement comme cela que cela s’est passé hier et à peu près ainsi que cela se passera demain. Et cet ingrédient précis nourrit l’amour.

 

les miettes

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Elle pousse la porte qui, aubaine, ne grince pas. Une sorte de pantalon lui sert de pyjama, et une chemise aussi mousseuse, même couleur, même matière, brodée de figurines japonaises, lui tombe sur les épaules.
Elle est petite. Elle a de petites épaules. Très douces et qui sentent l’amande. Elle a les cheveux emmêles, et un élastique pâle qui hier soir lui dégageait la nuque dans une très précise et gracieuse queue de cheval, pend ce matin, au bout  d’une mèche légèrement plus blonde que les autres. Avant elle avait des boucles. Avant quand elle est toute petite, petite, quand elle avait d’encore plus petites épaules.
Elle passe la première porte vitrée. Sur la table, on a regroupé la corbeille de pain, quelques couverts sales, un plat de clémentines, une boîte de chocolats. Truffés, mignons et rayés de blancs. Cela fait comme une colline de choses riches. Une petite colline d’enfants gâtés.
Elle passe son doigt dans la corbeille de pain, le porte à sa bouche, le mouille, repasse son doigt dans la corbeille de pain et ramasse ainsi l’ensemble des miettes. Pour ne rien quitter de ce qui dans vingt ans la laissera rêveuse et nostalgique. Pour mettre dans ses poches, le moindre souvenir d’un matin de Noel, alors que tout le monde dort, que les cadeaux faute de n’avoir pu attendre, furent déballés en hâte hier soir. Que la buée sur le vase trahit le froid de dehors et que le sapin clignote, clignote, clignote.

Comme ses yeux pas tout à fait, encore alourdis de sommeil. Comme son enfance, à demi passée, à demi  à venir. Clignote, clignote, comme les guirlandes tendues d’un poteau électrique à un autre, faisant de l’allée du village, une reproduction calme et à échelle d’enfant
des champs élysées les plus déserts.

 

 

 

 

 

l'irisé poney

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La salle des fêtes avait été décorée de ces choses qui se vendent par kit dans les grands magasins. Toute sorte de guirlandes, des motifs en papier brillant, du rouge, du violet, du fuchsia, de l’or surtout. Sur la petite estrade on avait monté une des grandes tables de la municipalité. Formica amélioré, rallongée pour l’occasion, qui servait aussi les jours de baptême, de réception du maire, de fête des anciens combattants et de gala d’école danse. Dessus, on avait disposé tout ce qui fait le bonheur du Disc Jockey itinérant, sans oublier évidemment, les triples lumières qui s’allume en fonction du rythme et propose multiples variations dans les mêmes couleurs que les décos grands magasins. Lorsque tout le monde eut fini le buffet des entrées, et pour être sincère n’avait plus du tout faim, le DJ passa en revue ce qui d’usage fait danser, jusqu’au madison où chacun mit le pied à la pate. Trois rangs plutôt bien formées, les femmes en première ligne, et les hommes, déjà un peu saouls, légèrement derrière. Faisaient semblant d’être malhabiles, faisaient semblant de ne pas avoir compris la chorégraphie basique, mais pouvaient de ce fait, jaser, singer, jouer la bousculade et le déséquilibre. Tout le monde se rassit, les plats s’enchaînèrent, Gilbert Montagné chanta Les sunlights, on vidait avec application l’ensemble du stock de bouteilles compris dans le forfait, et on chantait parfois.
Peu après minuit, quand quelque chose retomba, quelque chose de la fatigue accumulée, on se retournait vers le fond de la salle, éclairée au stroboscope, pour découvrir un petit corps qui dormait là, tranquille, emmitouflé dans des manteaux trop grands. S’était laissé bercé par toutes ces voix d’adultes. Même les douze coups de minuit sonnés dans l’excitation, ne l’avaient pas sorti du sommeil impeccable dans lequel il avait sombré. Il y gambadait sur le dos d’un poney plastique à la crinière irisée, récemment durement acquis sous le sapin, et parfaitement conforme à celui qu’il avait commandé.

 

03 janvier 2011

FAIRE VOEU

 

 

 

 

 

DE

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