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04 septembre 2011

si d'air - bout 1

Du dispositif, ne reste que le fil tiré entre les deux poteaux
le fil rouillé, tiré-rouillé faut dire, avec l’air et avec l’eau
de pluie.
Au dessus du fil : de l’air, en dessous du fil : de l’air, et sur les côtés : de l’air, de l’air, de l’air,
c’est un vieux fou qui avait fait ça.

l’histoire : c’est aller d’un poteau à un autre sans toucher le sol et faire balancer de gauche à droite, dans le vide,
une paire de bras qu’on renonce à muscler,
mais qui se muscle
quand même,

avec la peur.

Les vieux fous, les acrobates, ce qu’il en reste ?

La pellicule rougeâtre sur le fil ?
L’érosion par millimètre ?
On n’a pas idée de diminuer ainsi,
voyez-vous :
un fil
qui diminuerait trop,
resterait quoi ?

de l’air ?

 

 

c’est pas assez.

.

 

 

 

 

 

si tu m’invites, forcément,
ça influe.

fausse piste

photo marie richeux

bout

Ils n’avaient pas planté leurs yeux devant un écran depuis des semaines. Ils étaient comme redevenus larges. Ils avaient comme recommencé à voir. Leurs images se construisaient à 360, faisaient partie du monde, n’étaient pas enlevées du monde, n’étaient pas mises en boîte.
Ils avaient atterri dans cet hôtel faussement haute gamme,  au gré d’une série de réductions. Le sauna ne fonctionnant plus, le jacuzzi pas davantage, les réservations étant en baisse, ils avaient obtenu une chambre pour pas grand chose.

 

fruit du cow boy

texte marie richeux, photo marie richeux, polaroid

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si on leur avait dit qu’ainsi la roche se jetait dans la mer.
Si on leur avait dit que pareil à une langue, l’eau venait lécher la terre, si on leur avait dit qu’un rouge pouvait être aussi beau, aussi pur en vérité,
si on leur avait dit que le ciel pouvait voler si bas et d’un coup s’ouvrir comme une orange,
ils n’auraient rien cru.
Ils auraient ri comme des enfants. Comme ils le font si bien. Comme ils le font tout le temps.

Mais tout était vrai, et devant cette vue, ils étaient devenus graves. Pas tristes, ni profonds, juste graves, juste plus lourds. De ce poids qu’ont les choses lorsqu’elles dépassent la beauté. Ils faisaient dos aux montagnes à présent, et un petit désert d’ocre s’étalait devant eux. Il lui prit la main, il glissa la sienne dans son grand pull de laine. Ils étaient de frêles cow boys évadés. Ils marchaient sur les cailloux. Il lui prit la main et garda le silence, comme sa mutine chanson. De frêles luky luke, on vous dit, de simples silhouettes amoureuses, éprouvant le petit désert et laissant derrière eux, une mer endormie.
Le ciel s’ouvrit comme une orange, et du jus de lumière coula doucement sur eux. Des coulures de peinture. Le ciel ouvert comme une orange, le ciel dans lequel ils croquaient, goulument, les frêles cow boys, de leur petit désert.

le ciel du haut.

texte, marie richeux, photo cédric dupire, polaroïd 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est trois heures du matin, affiche la montre d’Eric. Presque en toutes lettres presque avec le son. Trois heures du matin sans mâcher les mots. La cour d’école est éclairée par un subsidiaire de lumière publique. Entourée de grilles peintes en rouge qu’ils ont franchi tout à l’heure. Sans grande difficulté.
Ils sont cinq. Ils ont cent ans a eux tous. Ils sont là depuis des plombes, depuis que le jour est tombé. C’était il y a… c’était passé.
Souad et Jimmy se sont assis sur le toboggan. Leurs jambes paraissent géantes, leurs chaussures et leurs crânes démesurés. On dirait qu’ils se sont trompés de décor.
Les trois autres se sont approchés de la marelle. Ce qu’il en reste alors. Des cases de peintures blanches, usées par mille milliards de sauts d’enfants.
Travis a trouvé un caillou qu’il garde jalousement tandis que les deux autres, tirent tour à tour, à pleine lèvres et à pleins poumons sur un joint d’herbe du nord… Travis jette la pierre. Encore raté, les deux rigolent à gorge déployée, plus que ne l’aurait voulu le seul comique de la situation. Souad et Jimmy depuis le toboggan leur servent d’écho.
Travis dit - en tendant la main droite pour réclamer le joint -
Travis dit : dernière chance. Avec sa voix grave, juste muée en fait.
Il lance le caillou loin devant. Il inhale la fumée. Son visage tout entier n’est bientôt plus que volutes. Le caillou vole. Semble défier toute loi d’apesanteur. Le caillou va tomber.
Travis recrache la fumée en souriant, il garde le joint au bout des lèvres, regardent les quatre autres, sur de son coup..................


Ciel !