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14 octobre 2010

yeah yeah

 Attention boule à facettes, et spotlights de toutes les couleurs ! Le plancher est lisse et brillant. Autour de la piste les chaises en bois sont disposées de façon extrêmement soignée. Quelques jeunes gens en costumes-cravates, tapent du pied, mâchent du chewing gum et fument des cigarettes en y mettant le ton.
Sur l’estrade, l’orchestre est au mieux de sa forme. Batteur, contrebassiste, chanteur belle gueule, tous endimanchés du même deux pièces noir et blanc / et chaussures vernies bicolores sur chaussettes repassées. Leurs cheveux sont tirés en arrière, gominés noir et brillants ce qui élargit passablement leurs fronts.
Rock n’roll ! Ils n’ont que ce mot là en bouche. Les do you love me baby, les déhanchés bien vus en cadence. Les swap bap, blue shoes. L’insouciance règne, les Etats Unis aussi. Il est l’heure d’être beau, il est l’heure de draguer sa voisine, l’heure de tester son nouveau passe-passe. Le contrebassiste est penché sur son instrument, comme Mike l’est sur Daisy, comme Teddy l’est sur Olfa, comme Mathias louche sur  Jennifer.
Ces deux là, justement, aux vêtements accordés,  se jettent sur la piste profitant d’un petit creux. Mathias, dans l’élan, fait tournoyer sa partenaire. Attrape ses hanches, ses minuscules poignets. La fait passer en dessous de ses bras fraichement remusclés. Son brushing est parfait, le haut de ses cheveux crêpés et noués par un tissu rose bonbon. Rose bonbon que reprend la robe, au décolleté discret mais affriolant. Le batteur se lance dans un solo mémorable, bientôt rejoint par le contrebassiste. Ils soutiennent et encouragent les deux danseurs à présent seuls en piste.
Un coup de cymbale et Jennifer est projetée dans les étoiles… le mouvement laisse entrevoir ses cuisses fermes et blanches. Elle manque un instant de percuter la boule à facettes, mais garde le sourire, ultra Bright à toute épreuve. Elle atterrit comme prévu dans les bras de Mathias qui ne manque pas d’en rajouter. C’est ici que le rythme se casse et la chanson bascule comme si de rien n’était en un slow langoureux. Le genre de choses qui surprend les filles en robe meringue, le genre de chose que savent très bien faire les gars de l'orchestre.Il faut dire que Mathias est très très copain avec les gars de l’orchestre…

 

quid de sisyphe?

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La roche est somptueuse, orange. Tellement orange que rouge parfois… La lumière s’y cogne et des morceaux lumineux s’en détachent, dégringolent dans la vallée. Des pépites dorées qui se fondent à la boue noire près de la rivière. Quelques oiseaux survolent l’immensité avec l’air de ne vouloir déranger personne. Leurs cris déchirent parfois le silence qui au final ne demande que ça. Le somment culmine à plus de deux mille cinq cent mètres. Au plus bas, la température avoisine les cinquante degrés. En haut, le souvenir de la neige n’est pas encore tout à fait défait.
Un homme, recouvert de cette couleur omniprésente, ocre lui même jusqu’à la peau rugueuse de ses joues, a les mains posées sur une sorte de brouette en ferraille. La brouette seule a déjà l’air très lourde. Ce métal épais, rongé par les rares pluies et le temps, métal recouvert d’un sable fin, donnant lui aussi dans les tons oranges.
Des gouttes de sueur salées lui perlent sur les tempes, qui battent la chamade en écho avec le cœur. Il pousse son engin rempli de terre à ras bord. Les muscles de ses bras sont saillants, rappelant le dessin de l’eau de la rivière. Il s’arrête tous les cinquante mètres quand la montagne le permet, offre une légère plateforme. Alors il passe sa manche de chemise sur son front pour éponger cette eau qui l’empêche de voir. Reprend son souffle, qu’il a court de toutes façons, et replace ses mains sur le guidon de la brouette et pousse, pousse. Le sommet paraît s’éloigner à mesure qu’il avance et pourtant, il y parvient enfin. A peine le temps de regarder alentour, se dire combien le ciel est complet, dense, offert. A peine le temps de croire que sa peine prend fin, que demain sera un vrai jour ouvert, de liberté, que l’engin dégringole, en déversant la terre pour finir sa chute dans le creux de la vallée. Il redescend, le récupère et reprend l'ascension. Enfin vous connaissez à peu près l’histoire.