Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31 janvier 2011

la position allongée

IMG_2400.JPG   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils, dans ce cas un homme et une femme, entrent dans la pièce. Elle est dix fois plus longue que toutes les pièces des habituelles maisons, c’est une pièce comme un palais. Au sol : du bois lisse, brillant légèrement à la surface, poli. Donnant au plafond les reflets de lumière.
Ils sont muets tous deux. Prennent soin de dérouler le pied à partir du talon, de telle sorte que le pied tout entier, au plus large, épouse le sol avant de le quitter de nouveau pour avancer.
Il, descend le premier, projetant des mains fortes sur le bois, posant le genou, appliquant le torse, puis se retournant en roulant de façon à avoir les yeux face au plafond, dont on ne dit rien. Elle, l’évitant d’abord,  ne trébuchant pas, descendant de la même façon, paumes fragiles, genou, cuisse, torse. Elle s’allonge sur le bois, les yeux face au plafond, sa joue gauche collée à celle de l’autre, son oreille aussi, sa tempe. Plus sa tempe que sa joue, finalement. Mais leurs jambes partent à l’opposé, un corps au sud, un corps au nord. Ils restent comme cela quelques minutes, et le silence devient une musique sourde. C’est elle, la première, comme brulant d’impatience ébouillantée par la certitude du présent, elle ouvre la bouche d’abord et commence à parler. Leurs positions respectives font qu’ils ne se voient pas. Ils s’écoutent. Se disent ce qui depuis des semaines entières restait coincé dans leurs gorges, handicapant leurs gestes, faisant de leur désir un objet encombrant. Très certainement beau, cela ne gâche rien, mais un peu lourd à leur goût. Alors, ils le prononcent comme on éculer un bateau. Alors ils placent dans cette immense salle une offrande de leurs mots, et la salle d’abord vide, d’abord sans sens, simplement recouverte de bois, se remplit et devient une surface accueillante. Fameuse pellicule sensible. Il n’est pas interdit qu’en les laissant encore des heures qui deviendraient des jours,
ils ne finissent par danser.

 

les petits gars de Séville

IMG_1620.JPG   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis 18 heures, les bars à tapas -  qui n’avaient de toutes façons pas désempli- se gonflent de monde. Hommes et femmes au comptoir, grignotant quelques olives baignées dans l’huile, quelques morceaux de fromage  et sirotant le vin rouge du bout des lèvres, en souriant. Ou bien, l’autre formule, toutes sortes de fritures dorées et reluisantes, exagérément salées qui sont un prétexte sans pareil pour des bières extra fraiches, avalées au gobelet et renouvelée aussi tôt terminées. C’est le soir. Quelques façades des boutiques sévillanes sont encore allumées comme ce vieux tailleur,  qui cout et repasse nuit et jour. Ou cette femme  sans âge qui vend des billets  pour la loterie nationale en cette période de Navidad. La place grouille. Il fait encore frais. Le printemps n’est pas là, mais les gens sont dehors. Un châle passé sur les épaules, rendant hommage aux clichés de l’Espagne fêtarde, la mélancolie se mélange aisément à la débauche. L’agitation fait suer les lampadaires, un ballon rouge s’envole, quelques airs flamenco ravissent les touristes oreilles. Et Deux mômes sont assis à même le sol poussiéreux. Ils ne voient que les pieds. Ils poussent deux voitures dans un circuit dont ils sont seuls à se figurer les virages. Ils ajoutent les bruits qu’il faut, se chamaillent une accélération, un dérapage. Ils sont petits et simples. Leurs parents sont là, alentours. Une place entière, une ville en fête veille sur eux. Légèrement à l’écart, un homme les rejoint. Aussi tassé soit-il sous ses quatre vingt ans, il est plus grand qu’eux et les regarde de haut. Il est rêveur. A cet endroit précisément, un peu plus à gauche, un peu plus à droite, il avait lui aussi, un de ces soirs espagnols, fait rouler des petites voitures imaginaires dans des circuit pas beaucoup plus réels. Au temps télescopé, au rallye quatre roues, les petits gars de Séville, rendent un fervent hommage.

 

d'un endroit à un autre

Puisqu’il fut plus tôt question de partir, puisque que quelque chose de vital les y a poussés, alors ils galopent.
Leurs rayures noires et blanches se mêlent et dessinent de drôles de formes géométriques. Les lignes sont flouées par le mouvement.
Ils sont mille, ils sont cent, ils sont dix mille, c’est impossible de dire combien. Il faudrait dire leur poids plutôt que dire leur nombre. Les muscles qui font leur poids et se contractent pour les faire avancer.
Ils font trembler la terre.


Il est certain qu’à plusieurs kilomètres, d’autres, plus petits ou plus menaçants au contraire, sont avertis de la migration de ces animaux magnifiques.
A leur passage, cela s’est déjà vu, la terre qui est rouge ici, se soulève dans des nuages de colère ou de peur, alors que la terre, n’a de raison ni pour l’une ni pour l’autre. Quelques petits, zèbres rayés mais plus finement, le corps un peu gauche, le galop pressé et le museau toujours fourré dans le flanc d’un plus grand, il y a quelques petits comme ça. Auxquels il convient de faire très attention, car s’ils prenaient du retard, vous savez, c’est comme partout, dieu sait par qui il serait rattrapé.

C’est un après-midi dans la savane. Où le ciel a retrouvé bientôt le rouge exangue de la terre. Aux zèbres, à leur masse, se joindront peut être d’autres espèces. Elles viendront faire enfler le bruit du galop, qui répète on arrive, faîtes une place, amenez l’eau, car on arrive. Cette rumeur répétée car l a toujours, toujours, été question de se rendre d’un endroit à un autre.

 

si les manteaux piqueurs

IMG_1376.JPG   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si t’as les yeux ouverts,
c’est déjà qu’il fait beau
que les manteaux piqueurs s’exercent sur ton trottoir.

Depuis des mois, dans la boue de l’automne, dans la neige de janvier, dans la terre sèche du mois d’août, des hommes ont d’abord ramassé les herbes hagardes et les gravats, seule végétation de ce terrain laissé vague, cela fait plus de quinze ans. Puis d’autres hommes, les mêmes peut être, sont venus en camion, on fait grimper des grues, ont mis en marche des bétonneuses, ont monté des grillages tout autour du terrain, ont accroché des panneaux, des permis de détruire... Tous les matins, par la fenêtre, bien après que ton premier corps ne se soit étiré, tu les vois par la fenêtre : ils travaillent, cela s’appelle travailler. Ils ont des manteaux différents les uns des autres, et à l’inverse des chantiers que tu voyais enfant, ici ils n’ont pas de combinaisons similaires et kaki, rien qui les feraient appartenir à quelque chose de collectif.
Pourtant, à dix heures précises, lorsque ta cafetière à toi, refait passer du café chaud. Ils s’assoient un instant, cessent les outils bruyants, les font taire comme on tue. Ils s’assoient sur un morceau de grillage plié et, selon les cas, mangent un sandwich ou fument une cigarette. Si t’as les yeux ouverts c’est grâce à eux. A leurs manteaux chauds et dépareillés. A leurs marteaux piqueurs sur la chaussée.
Demain tu râleras une seconde avant de les rejoindre à la fenêtre. Toi qui spectateur ne voudrait pas que la tour en préparation ne se construise trop vite, ne voudrais pas que l’on supprime ton théâtre quotidien.
Si t’as les yeux ouverts, c’est déjà qu’il fait beau, que les manteaux piqueurs s’exercent sur ton trottoir.